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Salon Interclima elec : l'architecte Kengo Kuma primé.
Lauréat de l'Energy Performance et Architecture Award 2008, vous succédez à l'architecte italien Mario Cucinella. Quelle importante attachez-vous à cette
distinction ?
Je suis très heureux d'avoir reçu ce prix. Aujourd'hui, l'ensemble des acteurs de la construction prend peu à peu conscience des problématiques énergétiques, il est essentiel qu'un prix comme celui-ci récompense des architectes respectueux de l'environnement qui se distinguent sur le plan de la qualité architecturale. C'est un prix important, aussi bien pour les générations futures que pour le futur de l'architecture.
Quelles sont les motivations de votre engagement en faveur de l'efficacité énergétique des bâtiments et, plus largement, en faveur d'une architecture respectueuse de l'environnement ?
Je suis venu de façon très naturelle à l'architecture durable. La pensée japonaise est intimement liée à l'environnement : la contemplation du changement des saisons, l'intégration dans le contexte, l'harmonie avec la nature sont autant de thèmes chers à notre philosophie.
L'architecture japonaise traditionnelle traduit ces aspirations.
Pendant l'aire Kamakura, le modèle des petites maisons rurales fut adopté pour la création des pavillons pour la cérémonie du thé ; ils mettaient en avant des matériaux naturels comme la paille tissée ou le bois.
Le jardin japonais vise à reconstituer la complexité de la nature dans un espace restreint. Il épouse les formes du terrain et met en valeur les particularités du contexte. Il est en cela complètement opposé à la conception classique du jardin "à la française", qui impose ses règles et perspectives au terrain, plutôt que de l'écouter.
Le théâtre Noah est traditionnellement situé en plein air, dans la cour du temple Shinto auquel il est associé. Seule la lumière naturelle est utilisée pour l'éclairer : la lumière directe du soleil et la lumière indirecte issue de la réflexion des rayons du soleil sur les galets blancs qui recouvrent le sol.
Bien évidemment, il ne s'agit pas de recopier les modèles traditionnels mais bien d'innover en réinterprétant les bases existantes. Dans le cas du musée Hiroshige, par exemple, nous avons voulu envelopper l'ensemble de l'édifice avec des brise-soleil de cèdre japonais. Or les autorités japonaises n'approuvaient pas ce matériau en raison de sa trop faible résistance au feu. Nous avons donc mis au point et breveté une technique de chauffage du cèdre japonais (Cryptomeria japonica D.Don) permettant une meilleure pénétration des produits ignifuges. Cette technique et le matériau résultant (un cèdre résistant au feu) ont été approuvés par les autorités japonaises. La tradition doit rester un prétexte, l'important est de proposer une interprétation contemporaine de la tradition.
Quand et comment avez-vous commencé à vous intéresser à ce sujet ?
Je pense que c'est vers le début des années 90 que j'ai commencé à m'intéresser en profondeur à ce sujet. A l'époque, l'observatoire de Kirosan était en construction. Celui-ci est situé sur la montagne d'une île de la Mer intérieure de Seto. Plutôt que de construire un objet imposant comme on s'y attendrait pour un observatoire, nous avons décidé de créer une architecture invisible, comme une entaille dans la terre, qui disparaît complètement dans le paysage.
Outre l'intégration au paysage, je dirais que l'autre grand thème architectural qui a motivé mon intérêt pour le développement durable a été l'usage des matériaux naturels : le bois, la pierre, le papier, la terre… Ce sont des matériaux que l'architecture japonaise a toujours prisé. Des matériaux fragiles, faibles même, qui pourraient disparaître en un instant comme de la poussière, qui se fondent dans notre environnement.
Dans ce domaine, avez-vous été influencé par le travail d'autres architectes ?
Comme je l'ai déjà dit plus haut, l'architecture japonaise traditionnelle reste pour moi une intarissable source d'inspiration pour proposer des solutions contemporaines innovantes. Mais pour ne citer qu'un architecte, je donnerais le nom de Frank Lloyd Wright. La façon dont il a réinterprété l'architecture japonaise traditionnelle a été essentielle pour l'architecture moderne.
Avez-vous remarqué au cours des dernières années une évolution dans la prise en compte par vos clients des enjeux de la performance énergétique des bâtiments et du respect de l'environnement ?
Le protocole de Kyoto, ouvert à la ratification en 1998, est entré en vigueur en 2005. Cela a contribué à une large prise de conscience de la part de nos clients, qui sont de plus en plus exigeants sur les questions énergétiques et sur le respect de l'environnement.
Quels sont, à votre avis, les freins au développement d'une architecture
durable ?
Au Japon, les normes de construction datent du 20ème siècle et sont souvent en décalage avec les innovations contemporaines. Il est notamment très difficile, voire impossible d'utiliser des matériaux naturels tels que le bois sans passer par de nombreux tests et homologations. Cette lourdeur est un frein à l'architecture durable.
Quels sont, à votre sens, les pays les plus avancés dans ce domaine et pourquoi ?
Je pense que les pays scandinaves et l'Allemagne sont les pays les plus avancés en terme de développement durable. Les pouvoirs publics semblent plus impliqués qu'au Japon dans le sens de l'écologie. Cela est peut-être lié à un contexte culturel où les habitants sont habitués à vivre chaque jour avec des matériaux naturels.
Néanmoins, la conscience de la problématique du développement durable est partagée par de nombreux pays avec des perceptions et des tendances différentes comme le montrent des différents systèmes de certifications : CASBEE au Japon, LEED aux Etats-Unis, BREEAM au Royaume-Uni, HQE® en France, Passivhaus en Allemagne, Minergie en Suisse…
Les notions d'architecture et de performance énergétique sont-elles parfois contradictoires ? Autrement dit, est-il toujours possible de concilier la qualité architecturale, le confort et la performance énergétique ?
Je suis persuadé que les notions d'architecture, de développement durable et d'efficacité énergétique sont intrinsèquement liées et qu'il est toujours possible de les concilier, quel que soit le projet. Il s'agit avant tout d'une question d'attitude et de démarche architecturale.
En termes de matériaux et d'équipements techniques, quels sont ceux que vous recommandez le plus souvent ?
Je recommande autant que possible l'utilisation de matériaux naturels locaux, même en milieu urbain. Il est essentiel de considérer la consommation énergétique des matériaux eux-mêmes depuis leur production jusqu'à leur traitement en fin de vie, en passant par leur transport. En cela, les matériaux naturels locaux sont les plus performants. Mais surtout, ces matériaux permettent de créer des architectures plus contextuelles, qui s'intègrent en douceur dans leur environnement.
Pour le musée d'Hiroshige à Bato, nous avons enveloppé l'ensemble de l'édifice avec des lattes de cèdres japonais locaux. A travers ce filtre de bois, on peut apercevoir les changements du temps et des saisons. Les habitants de Bato se reconnaissent à travers leur musée.
Pour One Omotesando, un édifice en plein cœur de Tokyo accueillant les bureaux de LVMH Japon, nous avons construit une façade entièrement boisée constituée de lattes de mélèze. Ces brise-soleil font écho à l'alignement des arbres de l'avenue Omotesando (équivalent japonais des Champs-Elysées) et au caractère originel de la ville, "doux", à l'échelle humaine, complètement opposé à la ville froide et bétonnée d'aujourd'hui.
Je recommande aussi une bonne gestion des ressources énergétiques. Dans le cas de l'Hôtel de Ville de Yusuhara, une petite ville de 4 200 habitants sur l'île de Shikoku, nous avons intégré sur la toiture des capteurs solaires photovoltaïques. Durant l'été, où la consommation énergétique est la plus élevée au Japon (à cause du refroidissement), ces capteurs produisent plus de 50 à 100% de l'énergie nécessaire.
Votre travail sur l'efficacité énergétique se fait-il en étroite collaboration avec des ingénieurs ? Comment coordonnez-vous ce travail au sein de votre
cabinet ?
Je pense qu'il est essentiel de travailler de façon proche des ingénieurs. Nous commençons dès les premières étapes de l'esquisse, la discussion avec nos bureaux d'étude. Nous ne leur imposons jamais un concept préétabli, nous travaillons réellement ensemble et trouvons ensemble les solutions, sans aucun rapport hiérarchique.
Dans le cas de l'hôtel de ville de Yusuhara, nous avons aussi travaillé avec les laboratoires de l'Université de Keio. Pour ce projet, nous, architectes, avons donc réuni les bureaux d'étude de l'université. Cela a permis de mettre en application des innovations technologiques avec une très haute qualité architecturale. Ce projet est en cours de jugement pour obtenir l'accréditation la plus exigeante du système japonais d'évaluation des édifices écologiques, le système CASBEE (Comprehensive Assessment System for Building Environnemental Efficiency).
Votre travail vous semble-t-il facilement exportable dans d'autres régions du monde ?
Ma démarche consiste à utiliser les matériaux naturels locaux et la climatologie locale en tant qu'ingrédients d'architecture. Cette démarche est évidemment exportable aisément dans toutes les parties du monde.
Nous venons ainsi de gagner le concours du FRAC et du Conservatoire de musique à Besançon. Et nous avons actuellement des projets en Chine, en Malaisie, aux Etats-Unis, en Espagne et en Suisse, pour ne citer que ces pays. L'important est d'être à l'écoute du contexte.
Quel conseil donneriez-vous aux jeunes architectes qui sont intéressés par ce type d'architecture ?
J'aurais deux conseils à donner aux jeunes architectes intéressés par l'architecture durable :
- avoir une vision globale de l'architecture, à grande échelle. Au Japon, les jeunes architectes sont en ce moment tous intéressés par le thème de la maison individuelle. C'est dommage, car l'architecture durable passe aussi par une vision d'ensemble, à l'échelle urbaine du projet ;
- mon second conseil concerne la qualité architecturale. Les jeunes architectes japonais trop souvent se divisent en deux catégories : les "pro développement durable", qui ne font pas attention à la qualité architecturale, et les "tout architecture" qui n'accordent aucune importance au développement durable. Il y a une voie du milieu, une voie où l'on construit des édifices de très grande qualité architecturale qui sont hautement performants.
Le pavillon de Kengo
Kuma est situé à l'entrée du Hall 7, niveau 2 du salon Interclima +elec qui se tient du 5 au 8 février à la Porte de Versailles. Il est ouvert toute la durée du
salon aux exposants et aux visiteurs, ainsi qu'aux journalistes, architectes et
étudiants des écoles d'architecture conviés par Reed Expositions.
La cérémonie de remise de l'Energy Performance + Architecture Award aura lieu le mardi 5 février à 12h00, dans l'espace Conférences du salon interclima+elec 2008 (Hall 7, niveau 2). Consécutivement, Kengo Kuma animera une conférence sur le thème de l’architecture, de l’efficacité énergétique et du développement durable.











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